L’industrie agroalimentaire est le premier secteur industriel français avec un chiffre d’affaires d’environ 183 milliards d’euros.

Le secteur connait une véritable guerre des prix depuis la loi de modernisation économique de 2008. En effet cette loi instaure une liberté de négociation des prix entre les centrales d’achat des supermarchés et leurs fournisseurs. Les marges des industriels auraient dès lors fortement diminué. La situation oligopolistique des centrales d’achats (4 centrales détiennent 92 % du marché) est un facteur qui renforce ce phénomène.

Face à ces difficultés, l’industrie doit se renouveler. L’innovation est un des éléments qui permet des gains de compétitivité. Cette dernière est également essentielle pour se démarquer de ses concurrents. Aujourd’hui, les entreprises du secteur innovent : 3000 nouveaux produits sortent en supermarché chaque année. 69% des entreprises du secteurs innovent alors que ce nombre tombe à 47 % dans l’industrie manufacturière.

Nous proposons ici, un tour d’horizon des principales tendances technologiques affectant le secteur.

 1. Robotique et imprimante 3D

Les ventes de robots à destination de l’agroalimentaire représentent 125 500 unités dans le monde selon le World Robotics Report. Cela représente une augmentation de 19% entre 2016 et 2017. L’industrie agroalimentaire est le 3ème secteur consommateur de ce type de technologies.

L’usage de robots dans l’agroalimentaire n’est pas nouveau mais ces derniers montent progressivement dans la chaine de production. Si à l’origine ils étaient cantonnés à du packaging, ils réalisent de plus en plus des tâches complexes.

Néanmoins plusieurs contraintes existent et le secteur de l’agroalimentaire possède des exigences particulières. En effet les conditions des environnements de travail sont variées (chambres froides, lieux humides ou chauds par exemple). Les produits peuvent également être sensibles, fragiles ou mous, ce qui demande de la précision de la part des robots. Évidemment les questions d’hygiène doivent être considérées notamment pour le lavage des robots. Enfin, ces machines doivent être adaptées aux cadences industrielles. De multiples types de robots sont utilisés en fonction des aliments transformés.

Par exemple, le Fast picker TP80 robot est développé par l’entreprise Stäubli. Il s’agit du robot « picker » le plus rapide du monde avec une cadence de 200 coups/minutes. Utilisé dans l’agroalimentaire pour du packaging, il supporte divers types d’environnement.

Enfin, les énormes progrès en computer vision devraient permettre de mettre au point des nouveaux dispositifs automatisant encore plus le tri et la transformation des produits alimentaires.

On assiste également à l’émergence des imprimantes 3D alimentaires. Beaucoup de ces machines sont à destination de la pâtisserie. Il en existe des polyvalentes comme la Foodini qui réalisent aussi bien les pizzas que les pâtisseries. Elles permettent de réaliser des structures alimentaires avec un important niveau de finition.

Des robots produisant des pizzas existent. Par exemple la start-up française Ekim compte prochainement ouvrir une pizzeria tenue par un robot pizzaiolo.

Ces imprimantes peuvent permettre d’importants gains de temps tout en garantissant un important niveau de précision. Il faut noter qu’elles peuvent également permettre de réaliser des plats avec une importante maitrise des composants.

2. Technologies renforçant la sécurité et traçabilité

 La traçabilité est également un enjeu pour le secteur. Il s’agit d’une attente de plus en plus forte de la part des consommateurs.

D’autre part, l’émergence de technologies comme la blockchain peuvent fortement améliorer les processus en place. Les possibilités permises par de telles technologies sont une amélioration de la sécurité alimentaire mais aussi une lutte contre les gaspillages. Par exemple, l’entreprise « Provenance » se sert de la blockchain et de tags NFC pour organiser le suivi de la pêche des thons en Indonésie. Il y a également des projets d’utilisation de la blockchain par les géants de la grande distribution comme Carrefour ou Walmart.

Nous détaillerons ces sujets dans un prochain article.

3. L’IA au service de la créativité et de la personnalisation.

Plusieurs initiatives de projet se basant sur l’IA et notamment sur le machine learning cherchent à élaborer de nouvelles saveurs ou des nouveaux produits.

L’IA d’IBM : Watson est capable d’identifier les mélanges harmonieux à partir d’une liste d’ingrédients. Ce dernier a même fait un livre de ses meilleures recettes.(cf article IA et créativité). D’un point de vue industriel, IBM s’est associé avec McCormick & Company pour créer une plateforme de création d’arômes. Les gains de temps dans l’élaboration de nouveaux arômes devraient être très importants.

RecipeTank est une application à destination des particuliers. Elle permet de classer et de suggérer des recettes à son utilisateur. L’application se base sur l’IA et des insights pour établir des préférences et des suggestions.

L’intelligence artificielle va également offrir plusieurs solutions qui répondent au besoin de personnalisation croissant. On peut penser que les industriels offriront plus de choix sur le packaging ou les combinaisons culinaires.

Ainsi dans cette lignée, l’entreprise Belge Foodpairing propose des combinaisons de saveurs originales et a priori efficaces. L’entreprise a analysé plus de 2 000 ingrédients et 8 000 molécules d’arômes pour faire fonctionner son algorithme de machine learning.

4. Procédés industriels innovants

Outre la création de nouveaux produits ; des technologies d’amélioration et de transformation sont également développées. Souvent les traitements de ces technologies modifient les propriétés chimiques et/ou diététiques de ces derniers : on parle de Novel Food.

On peut aborder l’exemple du  F.I.E.R.MC  (Flash Ions Exchange Resins) développé par West Invest. Il s’agit d’une technologie de réduction de l’acidité par émission de flashs. Les molécules responsables de l’acidité sont identifiées et altérées pour faire augmenter le pH. Cette solution peut être utilisée pour le traitement de certains jus pour qu’ils soient plus agréables à consommer sans ajouter de sucre.

Dans la même optique, Petiva est une start-up travaillant sur la création de nouveaux sucres. L’entreprise travaille sur les sucres rares qui proviennent du nectar. Elle a fait un important effort de recherche pour rendre les enzymes qui produisent les sucres plus résistants. Petivasemble élaborer une « nouvelle génération de sucre ». Un projet industriel est prévu : l’entreprise devrait s’implanter en Belgique avec un budget d’environ 150 millions d’euros.

Les mutations technologiques mais aussi sociétales (que nous avons brièvement exposées dans cet article) sont des enjeux majeurs pour les entreprises de l’agroalimentaire.

Les diverses avancées technologiques vont être un important levier de gains d’efficacité. Encore faut-il que les organisations arrivent à implémenter ces dernières avec succès. Les domaines dont sont issues ces technologies émergentes sont très variés : cryptographie, robotique, data sciences, biochimie… Il semble nécessaire pour les acteurs du secteur d’intégrer des compétences externes notamment par la collaboration avec les startups.

La culture de l’innovation est bien implantée dans l’agroalimentaire. Elle devrait être un facteur déterminant dans la démarcation concurrentielle et les différences de performances entre les acteurs du secteur.