Le secteur de la construction a une place centrale dans le développement de modèles de sociétés plus durables. Traditionnellement, secteur produisant de nombreux déchets, les acteurs peuvent changer la donne en transformant les manières de travailler et de concevoir leur production.

Les bâtiments représentent 20 % des émissions de gaz à effet de serre. En France, 40 % de la consommation énergétique est dédiée aux bâtiments (résidentiel et tertiaire). L’amélioration des matériaux et de leur cycle de vie peut donc avoir un impact majeur.

1. Des matériaux innovants

Il y a de multiples options d’améliorations possibles pour les matériaux de construction : meilleures performances d’isolation, diminution de l’empreinte carbone, meilleure résistance et durabilité, etc.

Des chercheurs de l’université du Cap en Afrique du sud ont réalisé une brique à partir d’urine, de bactéries et de sable. Les bactéries produisent une enzyme (l’uréase) qui réagit avec l’urée pour fournir un composé semblable à du ciment. L’énorme avantage par rapport aux briques classiques est l’utilisation d’un déchet (l’urine) et l’absence de cuisson. Cela réduit drastiquement l’impact carbone par rapport à la fabrication traditionnelle.

Toujours dans les briques, l’entreprise américaine BetR-blok réalise des produits à partir de ciment et de cellulose originaire de cartons recyclés. Il s’agit d’une belle initiative de valorisation du recyclage.

Autre sujet, on estime que la fabrication de béton est responsable à hauteur de 5 à 7% des émissions totales de CO2 dans le monde. Le ciment le plus utilisé est le « Portland » qui est très fiable mais très polluant : 930 kg de CO2 par tonne de ciment. Des alternatives innovantes existent pour créer des ciments plus durables et plus soutenables tout en garantissant un bon niveau d’efficacité.

On peut citer le « ciment argile » qui repose sur une activation alcaline à froid. Il s’agit d’un ciment sans composé pétrochimique. L’entreprise HGCT développe entre autres le H-EVA qui est un ciment s’activant par voie alcaline avec un impact carbone divisé par 4. L’entreprise Ecocem a développé un ciment écologique dont le clinker (ressource fossile qui est le principal composant du ciment classique) est remplacé par des déchets produits par les hauts fourneaux. De plus, ce ciment n’a pas à subir une cuisson lors de sa confection ce qui réduit d’autant plus son empreinte carbone.

Enfin, des solutions à base de fibres (lin, chanvre, etc.) permettent de faire des ciments plus soutenables et avec des propriétés parfois très intéressantes, notamment en termes d’isolation.

L’isolation est un élément décisif dans la détermination des besoins énergétiques d’un bâtiment. On voit apparaitre depuis quelques années des aérogels isolants et écologiques. Ces derniers sont souvent constitués d’air et de grains de silice amorphes. La solution de Cabot, le Nanogel® est une des meilleures solutions en termes d’isolation. Les prix de ces solutions sont encore relativement chers mais ils tendent à diminuer.

Il est également possible de produire des isolants à base de champignon. Il s’agit d’un isolant 100 % biodégradable qui a l’avantage d’être léger, ignifugé, recyclable et peu onéreux.

Dans le même ordre d’idée, l’institut allemand Fraunhofer a mis au point un carrelage écologique et 100% biodégradable. Ce dernier est composé de micro-algues fossilisées.

 2. La gestion des déchets

Le secteur du BTP génère environ 227 millions de tonnes de déchets en France, c’est le premier producteur de déchets en Europe. Les déchets du BTP sont variés mais ils sont pour 72 % d’entre eux des déchets inertes c’est-à-dire des déchets minéraux (terre, béton, parpaings, briques, verre, etc.) non dangereux car ayant des propriétés chimiques stables dans le temps.

Cependant, la plupart de ces déchets inertes ne sont pas biodégradables et peuvent contenir des composés dangereux (métaux, pesticides, minéraux toxiques…). En France, il est obligatoire de trier ces déchets. Une gestion optimale des déchets de chantier peut réduire les coûts d’environ 30 à 40% !

Des initiatives de valorisations des déchets issues du BTP existent et elles s’inscrivent généralement dans l’économie circulaire. Hesus se place en intermédiaire dans l’optimisation de l’exploitation des déchets de chantier. L’entreprise propose des échanges de terres et de matériaux entre acteurs du BTP pour réaliser des économies et avoir un impact écologique moindre. Dans le même ordre d’idée, Backacia propose une plateforme d’échange de matériaux utilisés pour les professionnels du BTP.

Les innovations dans les matériaux vont être essentielles pour améliorer le bilan énergétique des bâtiments. De nombreuses initiatives existent pour créer des matériaux plus soutenables et durables. Cet ensemble d’innovations couplé aux nouveaux modèles de valorisation des déchets vont permettre de réduire l’impact environnemental dans ce secteur où la marge de progression est importante.